Déboulonneurs (France)
mardi 29 septembre 2009
Le 21 septembre a eu lieu le procès de François Vaillant, déboulonneurs de son Etat, à Rouen. M. Vaillant avait en effet refusé de donner son empreinte ADN suite à une interpellation policière lors d’un acte de déboulonnage de pub. L’intéressé a publié une lettre d’explication sur le site du Mouvement pour une Alternative Non-violente, reproduite ci-dessous :
La Justice de mon pays en a décidé ainsi : je vais à nouveau être jugé le 21 septembre 2009 par le tribunal correctionnel de Rouen car j’ai refusé en 2008 que la police prélève mon empreinte ADN. Je risque 1 an de prison et 15.000 € d’amende. Jusqu’à maintenant, les désobéisseurs de mon espèce, soit ont été condamnés à une peine de prison de quelques mois avec sursis et/ou à une amende de quelques centaines d’euros, soit ont été relaxés.
Pourquoi suis-je ainsi convoqué à nouveau procès ? Parce que je fus condamné au pénal – à une amende de 1 € - à la suite de mon procès de mai 2007 que le Parquet m’avait intenté parce que j’avais barbouillé en toute non-violence des panneaux publicitaires dans le cadre de mes activités au sein du Collectif des déboulonneurs. Or une loi spécifie que tout condamné au pénal est dans l’obligation d’accepter qu’on lui prélève son empreinte génétique qui sera ensuite placée dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG).
Pourquoi j’entre à nouveau en désobéissance civile ? Parce que je refuse que mon ADN soit fiché comme si j’étais un criminel, un violeur ou un auteur d’acte de torture.
L’article 706-55 du code pénal spécifie que l’ADN doit être prélevé quand un citoyen a commis les infractions suivantes : « les crimes contre l’humanité et les crimes et délits d’atteinte aux personnes, de trafic de stupéfiants, de traite des êtres humains, de proxénétisme, (…) et les crimes et délits de vols, d’extorsion, d’escroqueries, de destructions, de dégradations, (…), et les atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation, les actes de terrorisme, la fausse monnaie et l’association de malfaiteurs ». Je fus condamné il y deux ans à une amende de 1 €, pour dégradation légère (sic) après que le procureur eut dit à l’audience que j’étais un honnête homme (sic) et avoir demandé la dispense de peine !
La loi sur le prélèvement ADN est donc mal fagotée : elle met dans le même sac les auteurs de crimes, les violeurs et les auteurs de toutes dégradations. Quel lien existe-t-il entre la destruction d’un train de marchandises, la pollution au mercure d’une rivière et un simple barbouillage de panneaux publicitaires qui, lui, est qualifié de « dégradation légère » (sic) par tous les tribunaux qui ont eu à juger des barbouillages de joyeux barbouilleurs ? J’avoue ne pas comprendre !
En dehors de mon cas personnel, il me semble utile et nécessaire de combattre l’existence actuelle du FNAEG. Autant j’en admets l’existence pour les criminels, violeurs et auteurs d’actes de torture condamnés après un procès, autant ce fichier, tel qu’il est conçu actuellement, est dangereux pour la sécurité des citoyens. La police a déjà réussi l’exploit d’obtenir et de mettre plus d’un million d’empreintes génétiques dans le FNAEG. La volonté non encore affichée de certains de nos dirigeants est probablement que tous les citoyens y aient leur empreinte ADN. Des commissariats marchent au chiffre, au rendement, primes à l’appui ! Les cas aberrants de prélèvement abusif se comptent actuellement par milliers, comme par exemple celui d’une dame qui avait accepté par civisme de se porter témoin d’un accident de la circulation auquel elle était totalement étrangère. Toute empreinte mise dans le FNAEG est destinée à y rester 40 ans, dit la loi.
Il faut se demander si certains de nos dirigeants ne se prennent pas pour une divinité toute-puissante qui prétendrait savoir tout sur tout le monde. Car, ne l’oublions pas, une empreinte ADN détermine pour toute personne ses caractéristiques organiques, morphologiques et pathologiques.
Pourquoi le FNAEG est-il intrinsèquement dangereux et pervers ? Il y a toujours malheureusement en France 20 % de la population adeptes des idées du Front national. Qu’est-ce qui peut nous garantir qu’un gouvernement du type Vichy ne reviendrait pas au pouvoir dans quelques années ? Quelle aubaine serait alors le FNAEG pour ce pouvoir pour discriminer telle ou telle population ! Les trains qui sont partis vers les camps de concentration renfermaient des personnes qui avaient été abusivement fichées.
Toutes ces raisons m’incitent à dénoncer l’actuel FNAEG, et à critiquer la loi qui l’autorise. N’avons-nous pas là un commun combat non-violent à engager avec détermination pour défendre et protéger nos communes libertés ?
Mon avocat, le 21 septembre à Rouen, sera François Roux. Ce procès sera le procès politique d’un désobéisseur. Il y a de la joie dans l’air !
François Vaillant
Rédacteur en chef de la revue de recherche Alternatives Non-Violentes.
(www.anv-irnc.org).
Pour soutenir François Vaillant et trouver plus d’information rendez-vus sur le site du MAN.