dimanche 15 juin 2008
Les
activistes du collectif Cacheurs de pub revoient les
détails de l’action en attendant les spectateurs
(invités, concernés et curieux). L’information a été
diffusée par e-mail, sur un site web et sur certains
forums de discussions deux ou trois jours plus tôt.
Deux membres du collectifs rejoignent encore le
groupe et s’empressent de signer l’engagement de
solidarité mutuelle dans le cadre d’une action non-violente et de coiffer un chapeau de reconnaissance
qui les identifie. Tous arborent un badge reprenant
leur fonction et un sourire de circonstance. Il ne
s’agira pas d’une action « en sombre » : les militants
entendent désobéir dans le calme et en toute transparence pour servir le message qu’ils portent. La publicité a envahi
l’espace public, elle nous est imposée. Nous la refusons c’est pourquoi nous allons cacher les pubs. Puisque les
pouvoirs publics restent frileux, ne prennent pas les mesures et réglementations nécessaires à nous protéger de cet
envahissement, nous agissons. Le ton et l’humeur sont donnés. Pas de grande colère, mais bien un groupe de citoyens
venu faire entendre sa voix à travers une action symbolique. Au moment du briefing donné par le « Maître de
Cérémonie », une douzaine de sympathisants avait rejoint le groupe, avec enfants, poussettes et décontraction. Au
moment de se rendre place de la Chapelle, ils sont près de vingt-cinq.
Sur place, l’emballage débute. Un premier panneau sur le carrefour en face de la friterie (qui sert les touristes en masse) est recouvert d’un drap blanc. Les passants assistent à la scène sans trop s’en étonner. Le groupe est joyeux, un joueur de banjo anime l’action d’une ambiance celtique. La police est absente, les émissaires des diffuseurs aussi.


Un second panneau publicitaire y passe. Une partie du
groupe distribue des tracts aux passants et explique la
démarche. La réception est franchement bonne chez les
Bruxellois, relativement indifférente du côté des touristes
(largement représentés dans le quartier ce matin-là).
Nombre de personnes présentes se disent solidaires de
l’action ou au moins tout à fait d’accord avec le fait que la
publicité prend trop de place dans les rues de la ville.
Un peu plus bas, sur le perron de l’église, on compte les personnalités qui défilent pour l’enterrement du regretté Jef Bodard. L’action s’interrompt d’ailleurs un moment, le temps de laisser le corbillard passer devant le groupe qui se découvre. La police, présente en nombre à trente mètres pour l’occasion, ne s’intéresse pas encore aux panneaux publicitaires recouverts de blanc ou à la quinzaine de chapeaux colorés qui s’activent tout autour. Pas de présence non-plus d’un représentant des principaux diffuseurs (Clear Channel et JC Decaux), d’ailleurs. Tout se passe dans le calme, en musique.
En plus des habitants, des touristes et des chineurs, le groupe d’activistes discutera avec Benoît Poelevoorde et Julos Beaucarne. C’est une crasse, toutes ces pubs en ville, je suis bien d’accord avec vous !, s’exclame le premier après s’être étonné du drap blanc. Discussion plus longue et soutenue avec le second qui approuve l’action et déplore l’invasion publicitaire. Une équipe de Télé-Bruxelles réalise rapidement une interview devant un panneau recouvert. Celle de RTL-TVi, présente sur place pour l’enterrement, reçoit le Communiqué de Presse mais ne fera pas trente mètres pour tenter de comprendre ce qui se passe.
Alors que le collectif Cacheurs de pubs a déjà recouvert
son dernier panneau et tarde un peu à clôturer l’action,
profitant de l’occasion pour discuter avec les passants
autour des tracts, deux agents de la police de Bruxelles-ville
traversent la rue Haute et s’attardent devant une publicité
recouverte dans un abribus. Ils observent, intéressés,
étonnés, amusés... et puis s’éloignent sans toucher à la
« réalisation » du collectif. Le message restera. Tout cela
se passe fort bien, donc. Quelques heures plus tard dans
l’après-midi, les panneaux recouverts l’étaient toujours,
certains draps avaient même reçu le soutien écrit de
passants anonymes.
Dans moins d’un mois, le collectif Cacheurs de pubs recommencera en plein centre-ville : le rendz-vous est donné le samedi 21 juin, à 11 heures devant la cathédrale Saints Michèle et Gudule, sous le buste du roi Baudouin.