dimanche 27 juillet 2008
Le rendez-vous est donné à deux pas de la cathédrale Saints Michel et Gudule, à proximité d’un buste du Roi Baudoin et sous un beau soleil d’été. 25 caCHeu-ses-rs et sympathisant-e-s, de tous âges, se retrouvent ou font connaissance.
On rappelle le propos de l’action : il s’agit de poser un acte symbolique pour dénoncer l’invasion publicitaire de l’espace public et revendiquer le droit à la liberté d’expression. L’action, qui consiste à recouvrir des panneaux publicitaires de draps blancs complétés d’affiches portant un message, est interdite par certaines dispositions légales. Nous décidons de désobéir, dans le calme, en assumant pleinement nos actes. Nous rappellons que tous les recours démocratiques qui sont accessibles au public ont été utilisés pour tenter d’endiguer l’invasion publicitaire, mais rien n’y fait, les pouvoirs publics restent inactifs. C’est pour cela que nous passons à l’action dans la rue, de façon non-violente.
Les rôles de chacune et chacun sont précisés, ils sont la condition du succès et du bon déroulement de l’action. Comme la répartition des rôles entre les caCHeurs change d’une action à l’autre, chacun s’identifie (voir notre « protocole d’action »). Les « emballeurs » qui sont chargés de neutraliser les pubs en les caCHant se font connaître, ainsi que le « maître de cérémonie », les « peace-keepers », le « contact presse », les personnes chargées des contacts avec la police et les afficheurs, enfin, ceux qui distribuent les tracts et expliquent l’action au public.
Nous nous dirigeons vers la bien nommée Place de la Monnaie, où les foireux finalisent la mise en place de la hautement appréciée et désormais célèbre Foire aux savoir-faire.
Les riffs endiablés de notre harmoniciste donnent du cœur à l’ouvrage des emballeurs qui neutralisent un premier dispositif de propagande sous l’œil amusé, approbateur ou curieux des lécheurs de vitrine qui déboulent de la rue Neuve ou s’y engouffrent. Cette bonne chose étant faite, le groupe se dirige vers un second panneau qui est rapidement ramené à la raison derrière une belle affiche blanche, sous les vivats du collectif.

Nous traversons alors la place de la Monnaie pour nous diriger vers la rue du midi. Un premier panneau de 8m² déroulant est partiellement restauré, ainsi qu’une sucette de 2m².
Les passants accueillent l’action de façon très positive, des centaines de tracts sont distribués. On entend à nouveau le constat partagé semble-t-il par l’immense majorité de la population : le harcèlement publicitaire est nuisible, les messages de la propagande commerciale sont stupides et bêtifiants, la ville est enlaidie par l’invasion publicitaire, il est dangereux et schizophrénique de mettre de la pub partout alors qu’il faut consommer moins et mieux.
On se demande ce que font les pouvoirs publics !
Deux policiers passent et repassent paisiblement juste à côté du collectif qui poursuit calmement et joyeusement l’action. Le collectif commence l’emballage du cinquième panneau sous l’œil intéressé des employés d’un joailler regroupés pour l’occasion derrière la porte de leur magasin. Ce panneau est l’occasion d’un rappel du droit et plus particulièrement de l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales qui stipule notamment :

art.10 : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations. »
art. 14 : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. »
Une façon d’indiquer que si notre action contrevient à certaines dispositions réglementaires communales, il semble bien que les pouvoirs publics se font pour l’instant les défenseurs d’un (dés)ordre public qui contrevient à certains principes fondamentaux du droit ! C’est l’une des revendications du collectif des caCHeurs de pub :
les citoyens doivent avoir le droit de choisir l’information qu’ils souhaitent recevoir, et de ne pas être soumis à une propagande, en l’occurrence publicitaire,
les citoyens doivent pouvoir s’exprimer dans l’espace public, au même titre que les entreprises privées. La « fortune » ne peut pas être discriminante. Où diable sont les milliers de panneaux et de m² réservés à l’affichage citoyen ?
Ce rappel légal effectué, le Collectif se dirige vers un sixième panneau, qu’il emballe pour clore son action du jour.

Rendez-vous à la fin du mois d’août pour la reconquête de la liberté d’expression et l’endiguement de l’invasion publicitaire !