mercredi 3 septembre 2008
Les faits
Pour la troisième action des Cacheurs de pub bruxellois, le soleil était à nouveau au rendez-vous. Une quarantaine de personnes, dont plusieurs participants à la démarche de l’après-croissance, s’étaient rassemblés à 11 h devant la cathédrale Sainte-Gudule et Saint-Michel.
Le lieu de l’action, cette fois-ci, est très proche, puisqu’il s’agit de quatre sucettes déroulantes sises sur le boulevard de l’Empereur, à une centaine de mètres de là. À peine trois emballeurs ont-ils commencé le boulot sur la première sucette que deux policiers arrivent
immédiatement par leur gauche. « Qu’êtes-vous en train de faire ? » « Nous cachons la pub », répond un emballeur. Ils demandent à voir le responsable. Il leur est répondu que nous sommes collectivement responsables. Les emballeurs terminent néanmoins le recouvrement au moyen d’un drap peint, pendant qu’une militante chargée du contact avec les forces de l’ordre parle avec les deux policiers. Ceux-ci prennent l’identité des militants officiellement impliqués dans l’action. Après négociation, la police accepte de nous laisser poursuivre l’action jusque 12 h 30, à condition d’enlever ensuite le dispositif de draps, faute de quoi nous serons « embarqués ». Les Cacheurs de pub acceptent cette condition et poursuivent l’emballage de trois autres sucettes, suivant le plan initial. Chaque fois, les applaudissements des « supporters » ponctuent le recouvrement. La dernière se trouve à l’entrée de la gare centrale. Son emballage donne lieu à une « prière à la Sainte-Consommation » par notre « grand prêtre » attitré.
Au même endroit, des employées-pigistes de Coca-Cola sont en train de préparer une opération de marketing direct. Peu après 12 h 30, les policiers nous font signe de mettre fin à la manifestation. Les draps sont enlevés des sucettes, l’ordre publicitaire est restauré et le Cacheurs de pub s’en vont faire leur debriefing sur le Mont des Arts.
Le commentaire des faits
Nous avons été étonnés de voir débouler immédiatement deux policiers avant même d’avoir attaché notre premier morceau de papier collant ! Peut-être l’article du Soir, paru deux jours plus tôt, les avait-il alertés, peut-être patrouillaient-ils simplement, on n’en saura rien. Ils sont intervenus sur la base de « manifestation non autorisée et trouble à l’ordre public », prétendant que nous aurions dû demander une autorisation préalable, « qui nous auraient été éventuellement accordée ».
On n’ose le croire… En accord avec leur hiérarchie, ils ont quand même accepté de nous laisser continuer, en nous donnant une heure-butoir, et en nous surveillant constamment. Les choses se sont corsées avec cette opération commerciale de la multinationale Coca-Cola, à vrai dire très riche d’enseignements ! En effet, à notre demande, la policière nous apprend qu’elle est autorisée à l’intérieur de la gare, mais pas à l’extérieur, là où des jeunes filles court vêtues plongent les mains dans de grands frigos pour distribuer gratuitement des bouteilles en plastique aux passants.

Extrait du dialogue Cacheurs de pub/policiers :
- Nous : « Ces gens ont-ils reçu l’autorisation de faire du marketing ici ? »
- La Police : « Non »
- Nous : « Avez-vous pris leurs identités, comme à nous ? »
- La Police : « Non, car ce ne sont que des employées, les responsables ne sont pas présents. »
- Nous : « La firme Coca-Cola aura-t-elle une amende ? »
- La Police : « Oui »
- Nous : « De combien ? »
- Pas de réponse.
- Nous : « Allez-vous les embarquer ? »
- La Police : « Avez-vous été embarqués, vous ?! »
- Nous : « Non, mais vous nous avez posé un ultimatum, que nous avons respecté. Dans le cas contraire, vous nous auriez embarqués. Leur avez-vous donné un pareil ultimatum ? »
- Pas de réponse.
- Nous : « Nous estimons que cette situation est injuste : recouvrir des panneaux publicitaires nous vaudrait l’arrestation, alors que faire du marketing non autorisé sur la voie publique est toléré par la police ! »
- La Police : « Nous devons veiller à la sécurité sur la voie publique »
- Nous : « Recouvrir des affiches publicitaires, cela attente-t-il à la sécurité ? »
- Pas de réponse claire…
L’embarras de la policière était visible, elle ne savait pas bien quoi nous nous répondre. Les Cacheurs de pub ont été victimes d’un traitement asymétrique : tolérance minimale pour leur action citoyenne (avec conditions drastiques et menace), tolérance maximale pour le marketing ; à aucun moment, les employées de Coca-Cola n’ont été inquiétées, ni de devoir arrêter leur activité, encore moins d’être emmenées au poste. Remarquons qu’être l’employé d’une firme semble rendre pénalement irresponsable. Bizarre, non ? Pour couronner le tout, en passant devant la gare à 15 h 20, nous les voyons finir de distribuer tranquillement leurs échantillons, les policiers ayant par ailleurs disparus. Des « cadavres » de bouteilles étaient abandonnés un peu partout… Un bel exemple de comportement citoyen !
Tout cela soulève deux questions bien légitimes :
L’autorité publique accorde-t-elle plus de crédit au commerce qu’à l’expression citoyenne ?
Adopte-t-elle le principe du « deux poids, deux mesures », voire celui de « fort avec les faibles et faible avec les forts » ?
Ces questions seront posées au pouvoir communal par le collectif les Cacheurs de pub, avant leur prochaine action.